Il existe une règle non écrite dans la gestion des foules modernes : pour faire accepter l’inacceptable, il faut d’abord le mettre en scène.
Hier encore, tout cela relevait de la subversion marginale, de la provocation rock’n’roll ou du folklore occulte, un folklore autrefois réservé aux initiés de loges poussiéreuses ou aux adolescents en quête de frissons. Désormais, ces signaux s’étalent sur les écrans du monde entier avec le tampon de la validation institutionnelle et parfois le financement des ministères. Bienvenue dans l’ère de la transgression subventionnée !
Le contexte est celui d’une omniprésence que tout le monde voit mais dont il ne faudrait pas parler. Que ce soit dans les blockbusters les plus récents, sur les scènes des grandes remises de prix musicales, dans les clips de la pop culture globalisée ou dans ces cérémonies diffusées à travers le monde entier, une grammaire de l’inversion s’est installée. Des cornes, des rituels de mort stylisés, des parodies de liturgies religieuses, une esthétique que l’on peut aisément qualifier de « litigieuse »… Tous ces signaux ne sont pas des accidents de parcours : ils forment le décor de notre temps.
Pourtant, une étrange dissonance cognitive s’opère dans l’espace médiatique. Dès que l’observateur moyen — celui qui possède encore l’usage de ses yeux et un minimum de bon sens— s’étonne de voir une tête de bouc géante trôner devant des chefs d’État ou une parodie de la Cène célébrée sous la pluie parisienne, la machine à disqualifier s’emballe. Le verdict tombe, sans appel : « Complotisme ». On nous explique, avec le sérieux d’un notaire de province, que ces manifestations ne sont que des « hommages artistiques », des « clins d’œil à l’inclusivité » ou de simples « délires créatifs ». Le fait est là, mais sa signification est interdite. Autre technique : les médias mainstream parlent de satanisme lorsqu’il s’agit de démonétiser une autre affaire (grave en général). Dernier exemple en date autour de l’affaire Epstein : dans un article de France Info du 12 février 2026, on peut lire « Jeffrey Epstein est qualifié de « démon » par certains, car la figure satanique de Baal serait associée à l’un de ses comptes bancaires. […] Il n’en a pas fallu davantage pour enflammer les complotistes du monde entier ». On assiste à une inversion sémantique : dénoncer la présence de symboles sataniques évidents est devenu, aux yeux de la doxa, un signe de pathologie mentale plus inquiétant que la présence des symboles eux-mêmes.
Le satanisme, au sens sociologique et politique, semble être devenu la « religion cachée » de l’élite, non pas forcément au sens d’une pratique occulte fervente — bien que la question de la croyance personnelle des dirigeants reste un mystère impénétrable — mais au sens d’une adhésion à une philosophie de la rupture totale. C’est la religion du « Moi » absolu, de la déconstruction des limites biologiques et morales, et de la profanation systématique de tout ce qui ressemble à une transcendance ancienne. C’est un satanisme de façade, certes, mais dont les effets sur la psyché collective sont bien réels.
Dans les pages qui suivent, nous allons procéder à une autopsie clinique de ce phénomène. Nous commencerons par définir ce qu’est réellement le satanisme aujourd’hui, loin des clichés convenus et des conclusions faciles. Nous verrons qu’il s’agit avant tout d’une doctrine de l’ego et d’un outil de lobbying fiscal et juridique, notamment aux États-Unis ! Nous plongerons ensuite dans le concret, en analysant plusieurs événements fondateurs que tout le monde a pu voir. Mais nous ne nous arrêterons pas au constat visuel. Enfin, parce que Juste Mensuel se veut un outil de lucidité, nous conclurons par une série de clés de compréhension. Comment ne pas céder à la panique tout en restant impitoyable face à cette mascarade ? Comment distinguer le marketing de la provocation d’une réelle mutation spirituelle ? Ce dossier est avant tout une invitation à regarder le gouffre, non pas pour y tomber, mais pour comprendre comment ceux qui nous dirigent tentent de nous y faire sauter de joie, sous les applaudissements d’un public qui a appris à appeler l’obscurité « lumière ».
Face à ces constats, plusieurs questions s’imposent : pourquoi nos élites, prétendument rationalistes, technocratiques et résolument progressistes, éprouvent ce besoin viscéral de se vautrer ostensiblement dans une telle dérive symbolique ? Pourquoi le pouvoir, qui se revendique de la Science et de la Raison, convoque-t-il (trop) souvent l’imagerie du Prince des Ténèbres pour inaugurer son monde nouveau ? Satanisme, la nouvelle religion de nos élites ?
Aux racines du satanisme
Avant toute chose, quelques éléments de clarification.
Le satanisme, dans sa version contemporaine, n’est plus une survivance médiévale de sorciers marmonnant du latin dans des cryptes humides. C’est un produit de la modernité, une construction intellectuelle et politique qui a su muer pour devenir le langage esthétique privilégié d’une époque sans boussole. Pour tout comprendre, il faut accepter de sortir des sentiers battus…
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Ce contenu est extrait du numéro 53 de Juste Mensuel
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