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Macron est-il (vraiment) fou ?Le bilan psychologique interdit

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Elysée france macron
Crédits photo : Shutterstock

Depuis 2016 et son apparition sur la scène politique française, Emmanuel Macron est présenté comme une évidence. Une évidence politique, médiatique, presque historique. La France avait besoin de tirer un trait sur le « monde d’avant » [1]. Alors est apparu un jeune président, au-dessus des partis, au-dessus de tout. Un jeune président chargé de moderniser un pays tout entier jugé bien trop archaïque pour son époque. Ce récit a été martelé, répété, imposé. Il a structuré l’imaginaire collectif bien avant l’exercice réel du pouvoir. C’est la base même de toute bonne propagande politique. 

Pour autant, une démocratie digne de ce nom ne se contente pas de récits. Elle interroge les trajectoires. Elle examine les continuités. Elle confronte les discours aux faits, surtout lorsque ceux-ci deviennent dérangeants.

L’enquête que vous avez sous les yeux ne prétend ni diagnostiquer, ni condamner, ni caricaturer. Elle s’appuie exclusivement sur des éléments vérifiables : enquêtes et articles de journalistes mainstream, témoignages publics, paroles rapportées par des proches du pouvoir en place, analyses intellectuelles assumées… Seulement des sources officielles bien trop ignorées car jugées dangereuses pour la propagande en place. Rien ici ne relève de la rumeur. Rien n’est affirmé sans source.

Ce que révèle cette analyse sur le temps long n’est pas une divergence politique, mais une inquiétude transversale, concrète, factuelle. Une inquiétude qui ne vient pas seulement des opposants à Emmanuel Macron, mais aussi de ceux qui l’ont accompagné, soutenu, fabriqué. Une inquiétude qui porte moins sur ses choix idéologiques que sur sa manière d’exercer le pouvoir, son rapport à la contradiction, à l’altérité, à la limite. Une inquiétude universelle quant à la fiabilité qu’il faut encore accorder au président de la République.

Avant tout, il est important de rappeler un autre élément : le sujet est délicat. La psychiatrisation de l’adversaire politique reste une arme aussi basique que dangereuse, historiquement utilisée pour disqualifier sans débattre, décrédibiliser sans argumenter. Je tenais à débuter mon enquête en évoquant ce risque. Et je vais m’atteler à vous démontrer pourquoi, dans le cas d’Emmanuel Macron, le procès en « psychiatrisation de l’adversaire » ne résiste pas à l’épreuve des faits, trop nombreux pour être évacués aussi facilement.

Cette enquête n’apporte pas de verdict, pas de conclusion ferme et définitive. Elle pose une question simple, dérangeante et pourtant centrale : que fait une démocratie lorsque le doute sur l’état psychologique de son chef devient public, documenté… et collectivement remis en question ?

Macron avant Macron

Pour bien comprendre comment tout commence, il faut remonter le temps. 

Avant d’être un président, Emmanuel Macron a d’abord été un récit. Un récit patiemment construit, poli, répété, simplifié, puis diffusé à grande échelle à l’approche de l’élection présidentielle de 2017. Avant cette échéance, les échos médiatiques restaient assez discrets : en 2012, alors qu’il n’est encore qu’un illustre inconnu pour le grand public, Le Nouvel Obs nous parle déjà d’un « petit génie de la banque Rothschild » [2]. En 2013, c’est au tour de L’Express de s’extasier : « Brillant, sympathique, charmeur, l’ex-secrétaire général de l’Elysée, Emmanuel Macron, a les convictions de la gauche libérale »[3]. Sa nomination au poste de ministre de l’Économie en 2014 à l’âge de 36 ans lui vaut un traitement favorable de la part de nombreux journaux, « un ambitieux au parcours modèle » nous dit Paris Match le 27 août 2014 [4] entre autres exemples. À partir de 2016, la machinerie médiatico-politique passe à la vitesse supérieure : il serait fastidieux, et effrayant, de tenter ici un exposé même incomplet de tout ce qui a été écrit et dit dans nos médias. Petit à petit se construit le récit d’un jeune homme brillant, hors norme, surgissant presque par accident dans une vie politique décrite comme usée, sclérosée, incapable de se renouveler. Un récit rassurant, romanesque, quasi messianique.

Mais ce récit n’est pas né spontanément. Il s’est élaboré dans les médias dominants, souvent à partir de portraits complaisants, de confidences savamment distillées et d’éléments biographiques sélectionnés, parfois enjolivés, voire carrément bidonnés. L’enjeu n’était pas tant de mentir que de cadrer. De rendre lisible un parcours objectivement atypique. De normaliser une trajectoire qui, prise dans son ensemble, pouvait apparaître instable, déroutante, voire inquiétante.

Beaucoup les ont oubliés, mais les récits autour de la jeunesse de « Jupiter » ne manquent pas de saveur ! Un élément revient de manière obsessionnelle, encore parfois de nos jours : la relation fusionnelle avec sa grand-mère maternelle, Germaine Noguès, surnommée « Manette ». Cette relation a souvent été présentée comme fondatrice, structurante, presque salvatrice pour Emmanuel Macron… et un peu louche, disons-le ! Pour vous aider à vous faire une petite idée : dans un article publié sur le site de RMC le 29 avril 2022 [5], on découvre qu’Emmanuel Macron aurait envisagé, dès l’âge de cinq ans (!), de quitter le domicile familial pour s’installer chez sa grand-mère, tant il passait de temps chez elle. Les parents, décrits comme « assez jaloux de cette relation privilégiée » dans l’article, refusent la demande. Cette curieuse tranche de vie a été confirmée à plusieurs reprises, notamment dans une enquête publiée par Paris Match le 3 mars 2017 [6], citant l’ouvrage Les politiques ont une mère de Bernard Pascuito et Olivier Biscaye. Le magazine rapporte que le petit Emmanuel, enfant, « avançait des arguments à ses yeux crédibles ». On imagine aisément la scène de négociation entre un petit de 5 ans et ses parents qui parlent déménagement… 

Autre élément peu discuté mais abondamment documenté concernant la jeunesse d’Emmanuel Macron : son choix de demander le baptême catholique à l’âge de 12 ans, contre l’avis de son père. Dans un article du Figaro du 26 juin 2018, on atteint même un sommet de l’absurde : « Celui qui n’a reçu aucune éducation religieuse a demandé le baptême catholique à l’âge de 12 ans alors qu’il était dans un collège jésuite à Amiens » [7]. Allez comprendre ! Emmanuel Macron est revenu sur cet épisode juste avant l’élection présidentielle de 2022 pour évoquer un père « extrêmement hostile à cet engagement ». Et ce n’est pas tout : « Je suis allé tout seul à l’église. Ce fut le début d’une période mystique qui a duré plusieurs années » [8]. Le mythe du seul contre tous, suivant un chemin tout tracé par la destinée. Déjà…

Ce contenu est extrait du numéro 52 de Juste Mensuel

Sommaire juste mensuel 52

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Sources :

[1] « La semaine où Macron a tenté de bousculer le monde d’avant » par Nicolas Chapuis, Matthieu Goar, Bastien Bonnefous, Raphaëlle Besse Desmoulières et Olivier Faye pour Le Monde, le 13 mai 2017
[2] « Ils ont marqué 2012 : Emmanuel Macron, l’enfant prodige de l’Elysée » par Odile Benyahia-Kouider pour Le Nouvel Obs, le 28 décembre 2012
[3] « Elysée : Emmanuel Macron, l’ex-banquier qui murmurait à l’oreille de François Hollande » par Corinne Lhaïk pour L’Express, le 15 mai 2013
[4] « Emmanuel Macron, l’homme pressé – Ministre de l’Economie à 36 ans » par E.C. pour Paris Match, le 27 août 2014
[5] « Germain Noguès : influence majeure de la vie d’Emmanuel Macron » par Nicolas Poincaré pour RMC, le 29 avril 2022
[6] « Quand Emmanuel Macron, 5 ans, voulait quitter ses parents » par Emilie Cabot pour Paris Match, le 3 mars 2017
[7] « Emmanuel Macron, un agnostique baptisé » par Jean-Marie Guénois pour Le Figaro, le 26 juin 2018
[8] « Le jour où Emmanuel Macron a demandé à être baptisé contre l’avis de son père » par Marine Madelmond pour Gala, le 26 avril 2022

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