Les récents événements au Venezuela, provoqués par le président des États-Unis, interrogent sur la politique internationale menée par l’administration Trump. Un retour historique et économique sur ce pays me paraît important pour comprendre les enjeux géostratégiques actuels.
Un retour en arrière indispensable pour éclairer ce présent qui nous échappe !
Le Venezuela d’hier et d’aujourd’hui
La République fédérale du Venezuela d’Amérique du Sud, située entre les rives de la mer des Caraïbes et le Nord du Brésil dont la capitale est Caracas, doit son nom à Christophe Colomb qui, lors de son troisième voyage, nomma ces nouvelles terres découvertes le 3 août 1498, Tierra de Gracia qu’il avait prise pour une île. En 1499, une expédition sur la côte nord-ouest permet de découvrir des Indigènes. Aussitôt, les navigateurs fraîchement débarqués comparent le golfe de Maracaïbo à une petite Venise, Veneziola ou Venezuela, d’où son nom.
Occupé par des colons allemands pendant vingt-huit ans jusqu’en 1556, le Venezuela va l’être ensuite par les Espagnols et ce jusqu’à son indépendance le 5 juillet 1811. Une indépendance rendue possible par l’action du leader vénézuélien du « Mouvement et des luttes pour la construction d’une nouvelle nation », Simon Bolivar (1783-1830), qui fonde dans la foulée la Grande Colombie (Colombie, Équateur, Panama et Venezuela) le 15 février 1819.
La guerre civile ou « guerre fédérale » qui sévit de 1859 à 1863 au Venezuela entre les Fédéralistes et les Conservateurs fait 200 000 morts. Les premiers, des libéraux, veulent instaurer un gouvernement populaire et les seconds, garder la gestion de l’État et tous leurs privilèges. Le triomphe des Fédéralistes renforcera l’exploitation du pétrole en ce début du XXe siècle avec l’arrivée de compagnies pétrolières multinationales en 1922. À partir de 1958, une démocratie commence à s’installer, le parti communiste restant interdit. Les mouvements de guérilla castristes sont très actifs dans le pays entre 1960 et 1970.
En 1950, le Venezuela est classé au 4e rang mondial par rapport au PIB par habitant, derrière les USA, la Suisse, la Nouvelle-Zélande. À la fin des années quatre-vingt, c’est le pays le plus riche d’Amérique latine. Les 27 et 28 février 1989, un soulèvement a lieu à Caracas suite à l’augmentation du tarif des transports en commun et d’une politique économique libérale inspirée du FMI. Le gouvernement fait intervenir l’armée. Environ 300 000 personnes sont tuées en quelques jours. En 1992, deux tentatives de coups d’État (en février et en novembre) ont lieu dont l’une menée par Hugo Chavez (1954-2013) qui sera élu président le 2 février 1999 jusqu’à son décès. En 2002, il avait d’ailleurs été détenu par des putschistes pendant quarante-sept heures, entraînant des manifestations populaires et l’intervention militaire qui ont fait échec au coup d’État. Nicolas Maduro, son vice-président, lui succède et devient président le 8 mars 2013.
La PDVSA fondée en 1976, appartient à l’État depuis la nationalisation de l’industrie pétrolière vénézuélienne. Jusqu’en 2009, le taux de croissance économique du pays était de 13,5 %, la pauvreté réduite de 54 à 26 % grâce aux investissements sociaux, les misiones créées en 2001 et 2003. En 2008, l’extrême pauvreté avait chuté de 72 %, la sous-nutrition et l’analphabétisme avaient nettement reculé ainsi que les inégalités sociales. Mais les années Chavez ont vu la dette du pays croître notamment auprès de la Chine qui est le principal créancier, le clientélisme et l’inflation due aux pénuries alimentaires, ajoutés à une forte augmentation de la criminalité.
Le 25 octobre 2016, le Parlement contrôlé par l’opposition centre-droit, approuve l’ouverture d’un procès de destitution contre le président socialiste Maduro. Les vingt-huit pays de l’Union européenne approuvent le 8 novembre 2017 l’adoption des sanctions économiques et diplomatiques américaines mises en place avec un embargo, également sur les livraisons d’armes et le matériel de surveillance électronique. Une crise économique s’ensuit avec une chute de 99 % des ressources publiques, une hyperinflation, une épidémie de malnutrition due aux restrictions d’importations de produits alimentaires. Le 23 janvier 2019, Juan Guaidó, le président du Parlement s’autoproclame « président en exercice ». Les États-Unis, le Canada, le Brésil, la Colombie, le Pérou, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Union européenne sont prêts à le reconnaître si Nicolas Maduro n’organise pas d’élections libres d’ici le 3 février 2019. Maduro, grâce aux forces armées du pays se maintient au pouvoir avec le soutien diplomatique de Cuba, la Bolivie, la Turquie et la Russie.





