Quand j’ai commencé à écrire dans Le Banquet pour parler de féminisme, j’étais très fière. J’avais la sensation d’arriver à poser une pensée modérée, qui détonnait avec le discours ambiant. Une pensée qui me ressemblait et me paraissait inclure toutes les femmes, du mieux que je le pouvais. Mais la sentence est tombée, de la bouche d’une personne avec qui j’ai pu échanger à ce sujet : mon propos est transphobe. D’abord atterrée par l’affirmation, j’ai cherché à comprendre où est-ce que j’avais commis une erreur, ce que j’avais mal dit ou pire, ce que j’avais mal compris ?
Alors j’ai fait ce que je sais faire de mieux : j’ai fait des recherches. Je suis notamment tombée sur cette affirmation de la militante féministe Marguerite Stern : « Je suis pour qu’on déconstruise les stéréotypes de genre, et je considère que le transactivisme ne fait que les renforcer. J’observe que les hommes qui veulent être des femmes se mettent soudainement à se maquiller, à porter des robes et des talons. Et je considère que c’est une insulte faite aux femmes que de considérer que ce sont les outils inventés par le patriarcat qui font de nous des femmes. Nous sommes des femmes parce que nous avons des vulves. C’est un fait biologique » (1). Un discours, lui aussi, jugé transphobe et qui a valu à son auteure (sans son consentement) d’être affublée du sobriquet de « TERF » (pour « trans-exclusionary radical feminist » ou « féministe radicale anti-trans » en bon français). Encore un Pokémon rare du jargon néo-féministe. En me renseignant sur la définition de ce mot et son lien avec la transphobie, j’ai découvert que cette militante avait notamment coécrit un livre appelé Transmania. 400 pages lues en 2 jours, et la lumière s’est faite à tous les étages. On y va ?
Le féminisme intersectionnel
Le terme d’intersectionnalité a été proposé par l’universitaire afroféministe américaine Kimberlé Williams Crenshaw en 1989 pour parler spécifiquement de l’intersection entre le sexisme et le racisme subis par les femmes afro-américaines, pour en évaluer les conséquences en matière de pouvoir, et expliquer pourquoi ces femmes n’étaient pas prises en compte dans les discours féministes de l’époque. Le sens du terme a depuis été élargi, dans les années 2010 notamment, avec la montée du cyber-militantisme. Désormais, ce terme englobe toutes les formes de discrimination qui peuvent s’entrecroiser(2). Il se définit alors comme « un prisme permettant de voir la manière dont diverses formes d’inégalité fonctionnent souvent ensemble et s’exacerbent les unes les autres » (3).
Ce féminisme intersectionnel est devenu au fil des années le féminisme mainstream actuel, partout où vous voyez des féministes validées par le discours ambiant, elles sont toutes intersectionnelles. Le nombre de discriminations possibles que ce féminisme intersectionnel reconnaît comme existantes s’agrandit chaque jour un peu plus, mais les plus connues sont les suivantes : le sexe, la race (ou couleur de peau), la classe sociale et l’orientation sexuelle. Les groupes privilégiés qui ne subissent pas ces discriminations sont, là encore, toujours les mêmes : les hommes (sexe), blancs (race), aisés (classe sociale) et hétérosexuels (orientation sexuelle). C’est à ce groupe bien identifié que l’on doit le fameux terme de privilège des « hommes blancs de pouvoir et hétérosexuels ».
Jusque-là, pas de souci, la lecture sociétale proposée peut sembler intéressante et pertinente. Le problème survient quand, à ces 4 discriminations de base, va être rajoutée la notion « d’identité de genre », autrement formulée grâce à cette question désormais célèbre : « est-ce que vous sentez homme ou femme… ou autre ? » Et c’est bien ce « autre » qui met actuellement le feu aux poudres !
Ce contenu est extrait du numéro 37 du Banquet.





