Iran, Israël, Ukraine, Russie, Venezuela, Groenland… La géopolitique s’emballe, difficile de suivre avec précision ces différents théâtres qui plus est quand le brouhaha des médias mainstream se déchaîne. Des médias dominants qui font de l’info en continu sans jamais donner ces précieux éléments de contexte qui aideraient chacun d’entre nous à y voir plus clair…
Qu’en est-il de la volonté de Donald Trump d’annexer le Groenland au prétexte de renforcer la sécurité de l’Arctique face à la Russie et la Chine ? Les accords de 1951 entre le Danemark et les États-Unis auraient été renégociés récemment : dans quel but précis ? Ce mois-ci, je vous propose un retour historique et économique sur le Groenland, une zone plus qu’importante pour les intérêts géostratégiques nord-américains !
Le Groenland d’hier et d’aujourd’hui
Le Groenland, pays constitutif du Danemark, mais aussi territoire d’outre-mer (PTOM) associé à l’Union européenne sans en faire partie intégrante, est la plus grande île du monde. Son nom originel signifie « Terre verte », même si de nos jours, 81 % du territoire est couvert par la calotte glacière. Le Groenland est le troisième territoire d’Amérique du Nord en termes de superficie (2 166 086 km²), et sa population d’environ 60 000 habitants vit exclusivement sur la côte. Sa capitale Nuuk au sud-oufest représente un tiers de la population totale. Dans le Nord, la température moyenne avoisine – 30° avec un vent violent ; en bord de mer, elle varie de – 15° dans le Nord à – 0° dans le Sud.
Pour mieux comprendre l’évolution du pays au fil des âges, un peu d’histoire : en 982, le Viking originaire de Norvège Erik Le Rouge (950-1010), chassé d’Islande pour meurtre et parti avec sa famille et ses esclaves, découvre le Groenland dont les premières populations remontent entre 2 500 et 800 ans avant notre ère. Les Vikings y resteront plus de quatre siècles. Les peuples inuits, une société de chasseurs et pêcheurs qui se sont installés au début du XIIIe siècle, ont été pendant plusieurs siècles le seul peuple à habiter l’île.
Au XVIIIe siècle, le Danemark et la Norvège, restés sans nouvelles des Vikings partis coloniser l’île depuis des siècles, ont fait valoir leurs droits sur le territoire. Une expédition de missionnaires s’est rendue sur l’île en 1721 afin de convertir les Inuits au christianisme et créer des établissements et colonies commerciales le long de la côte. Le Groenland passe alors sous domination scandinave et conserve ce statut de colonie jusqu’en 1953, nous y reviendrons dans quelques lignes.
En 1814, par le traité de Kiel, la Norvège est cédée à la Suède, l’Islande et le Groenland sont récupérés par le Danemark.
En 1933, un arrêt de la Cour permanente de justice internationale confirme la souveraineté du Danemark sur l’île. Le Danemark qui sera occupé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale à partir d’avril 1940 avant que le Groenland ne soit placé sous protection américaine dès 1941.
De nos jours, ce sont les États-Unis qui considèrent que le Groenland appartient géographiquement à l’espace « des Amériques » défini par la doctrine Monroe, du nom du président américain James Monroe (1817 à 1825). Une nouvelle revendication pour un territoire sans cesse bousculé et réclamé au fil des siècles…
La doctrine Monroe, parlons-en !
Doctrine de politique étrangère des États-Unis mise en place en 1823 par le président de l’époque James Monroe, cette doctrine condamne toute intervention ou ingérence européenne dans les affaires dites « des Amériques », ainsi que toute intervention ou ingérence des États-Unis dans les affaires européennes. La doctrine Monroe est parfois considérée comme le point de départ « officiel » de l’impérialisme américain qui n’a cessé de s’étendre au fil des siècles.
Le 6 décembre 1904, le président Theodore Roosevelt (1901 à 1909) qui ne prône plus la neutralité inhérente à la doctrine Monroe, affirme que les États-Unis ne toléreront pas que l’on s’oppose directement à leurs intérêts : c’est la politique dite du « Big Stick ». Roosevelt justifie ainsi la volonté expansionniste américaine aux Philippines, à Panama et à Cuba et confirme la place de l’Amérique latine dans la sphère d’influence des États-Unis. Entre 1891 et 1915, les Américains sont intervenus plusieurs fois militairement en Amérique latine : la doctrine Monroe, couplée au « Big Stick », ont servi de justification pour des interventions en République dominicaine, au Salvador, au Nicaragua, etc. L’impérialisme américain n’a jamais vraiment cessé, en témoignent les interventions menées sous les présidences Kennedy, Johnson, Nixon, Reagan, etc.
Donald Trump, président de 2017 à 2021 et à nouveau depuis 2025, avait lui aussi revendiqué en août 2017 un nouvel usage de la doctrine Monroe avec une intervention possible au Venezuela. Une intervention qui a finalement eu lieu en janvier de cette année avec l’enlèvement du président Nicolas Maduro et de sa femme, au motif de lutter contre le narcotrafic qui menace les États-Unis. Encore une fois, un impérialisme qui ne dit pas son nom…
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Ce contenu est extrait du numéro 53 de Juste Mensuel
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