Martin d’Antithèse : « Le prométhéisme, ou le rêve de démembrer de la Russie »

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Antithèse Martin Le Banquet
Crédits photo : Shutterstock

La guerre en Ukraine a donné naissance à de nouveaux projets visant à « décoloniser » la Russie. Soutenus par les États-Unis, ils ne sont que le dernier avatar du prométhéisme, une doctrine d’émancipation des peuples opprimés née en Pologne au début du XXème siècle. 

22 novembre 2007, Tbilissi. 

Le président géorgien Mikheil Saakachvili et ses homologues polonais et lituanien sont pleinement conscients de la portée symbolique du geste qu’ils viennent d’accomplir. Derrière eux, une statue de Prométhée, le titan grec puni par les dieux pour avoir transmis le savoir divin (le feu sacré de l’Olympe) aux êtres humains, les défie de toute sa hauteur. L’inauguration de cette statue de Prométhée par les trois chefs d’État est un événement d’une haute valeur symbolique [1]. Selon l’analyste américain Paul Globe, chargé de cours à l’Institute of World Politics de Washington : « Cette statue est un pénétrant rappel non seulement de l’approche polonaise à l’égard de la Russie soviétique des années 1920-30, mais aussi des voies par lesquelles elle a été ranimée et justifiée depuis 1989. » [2] Cette approche stratégique est connue aujourd’hui sous le nom de « prométhéisme ». Peu mentionnée par les analystes occidentaux, elle permet pourtant de mieux comprendre le terreau dans lequel s’enracine aujourd’hui la guerre en Ukraine. 

Aux origines du « prométhéisme »

Au début du XXème siècle, le maréchal Josef Pilsudski, premier dirigeant de la Deuxième République de Pologne (1918-1939), imagine une stratégie pour démembrer la Russie. 

Selon lui, il est possible d’affaiblir l’empire des tsars en soutenant les aspirations de ses minorités ethniques, les poussant à revendiquer leur indépendance sur la base du droit à l’autodétermination des peuples promu par le président américain Woodrow Wilson au sortir de la Première Guerre mondiale. Ainsi prend forme le concept de « prométhéisme ». « L’idée fondamentale du mouvement prométhéen est la solidarité entre ses composantes nationales, dirigée non seulement contre l’ennemi et oppresseur bolchévique, mais contre l’ennemi russe en général, qu’il soit rouge ou blanc : c’est grâce à l’existence de cet ennemi commun que le mouvement pourra maintenir la cohésion entre des nationalités si disparates. Il s’agit d’un front prométhéen, qui se définit avant tout par l’opposition aux Russes », explique l’historien français Étienne Copeaux, chercheur associé au Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient du CNRS [3].

Sources :

[1] https://neweasterneurope.eu/2014/03/03/why-ukraine-matters-to-georgia/

[2] Paul Globe, 2013 : http://www.justicefornorthcaucasus.com/jfnc_message_boards/analysis_opinion.php?entry_id=1387308920

[3] Copeaux Étienne, « Le mouvement « prométhéen » ». In: CEMOTI, n°16, 1993. Istanbul – Oulan Bator : autonomisation, mouvements identitaires et construction du politique. p. 12.

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