Nous avons tous vécu ce moment étrange : sortir son téléphone « juste pour vérifier un message » et se réveiller quarante minutes plus tard, hagard, sans trop savoir comment on a atterri dans une vidéo de chaton karatéka ou dans un tutoriel pour enlever les rayures de son scooter (surtout quand on n’a pas de scooter). Si vous avez l’habitude de consulter votre smartphone très (trop) souvent, dites-vous que vous n’êtes pas seul : en moyenne, un adulte vivant aux États-Unis consulte son téléphone portable 344 fois par jour [1] !
Il faut dire les choses clairement : en vingt ans, les smartphones ont pris une place incontournable dans la vie de milliards de Terriens, de quoi offrir la possibilité aux réseaux sociaux de devenir la plus grande expérience psychologique de masse de l’histoire humaine. Les statistiques disponibles pour la France suffisent à prendre la mesure d’un phénomène désormais inscrit dans notre quotidien : chaque jour, ce sont près de 50,7 millions de Français qui consultent au moins un réseau social. Le temps moyen consacré chaque jour à cette activité est de 1 heure 48 [2]. Chez les jeunes, le constat est encore plus affolant : « 44 % des jeunes en France accèdent aux réseaux sociaux avant 13 ans ». D’après les statistiques de Santé Publique France, les jeunes de 6 à 17 ans passent en moyenne près de 4 heures et 11 minutes par jour devant des écrans [3]…
Dans cette nouvelle enquête, votre inspecteur pangolin a choisi de se pencher sur la question du numérique et des réseaux sociaux… mais avec un angle trop peu évoqué auprès du grand public. Pourquoi, et comment, ces applications ont été développées pour manipuler nos cerveaux et créer de dangereuses addictions qui ne disent pas leur nom ? Conséquences dans toute la population, quelle que soit la classe d’âge étudiée : troubles de l’attention, explosion de l’anxiété, chute du niveau de concentration, modifications de la plasticité neuronale…
Une prison dans notre poche
Il y a vingt ans, un téléphone servait encore à… téléphoner. Aujourd’hui, cet appareil s’est perfectionné et abrite notre vie entière : amis, travail, loisirs, photos, achats, identité, émotions, anxiétés, etc. Tout est encapsulé dans cet objet qui ne nous quitte plus – littéralement. Comment une telle dépendance a-t-elle pu se produire ?
Le tournant se situe au milieu des années 2000, plus précisément le 9 janvier 2007 avec une révolution qui porte un nom : l’iPhone [4]. Autour de ce moment charnière, plusieurs réseaux sociaux se font une place au soleil : Facebook (2004), YouTube (2005), Twitter (2006) puis Instagram (2010), Snapchat (2011), TikTok (2016). Avec tous ces nouveaux outils, en moins d’une décennie, notre rapport au monde a basculé. Comme l’a écrit dès 2009 le sociologue Manuel Castells dans son livre Communication Power [5], nous sommes passés d’un espace public fondé sur la conversation à un espace public fondé sur la connexion, une nuance d’une importance capitale et qui résume à elle seule, ou presque, ce bouleversement civilisationnel. La vie moderne est devenue inséparable du flux numérique, une rivière d’informations qui coule jour et nuit dans notre poche. En tout lieu, en tout temps, à tout moment de la journée (voire de la nuit), il nous faut être au courant de la moindre notification, de la moindre information.
L’emprise est d’autant plus forte que le smartphone accompagne chaque micro-moment du quotidien : aux toilettes, dans les transports en commun, en marchant dans la rue… De toute évidence, l’omniprésence du smartphone frappe toutes les classes d’âge et, en premier lieu, les enfants et les adolescents. Et c’est bien là l’un des principaux problèmes !
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Ce contenu est extrait du numéro 51 de Juste Mensuel
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Sources :
[1] « Combien de fois consulte-t-on en moyenne son téléphone par jour ? » par Marine Cestes pour Ça m’intéresse, le 31 décembre 2023
[2] « Statistiques des réseaux sociaux 2026 : l’utilisation des réseaux sociaux en France » par Romane Béchet pour Agorapulse.com, le 6 janvier 2026
[3] « Le temps passé sur les réseaux sociaux par les 9-13 ans aurait un impact direct sur leurs capacités cognitives, selon l’Université de Californie » par Nicolas Arpagian pour RadioFrance.fr, le 16 novembre 2025
[4] « Technologie. Dix ans d’iPhone, les chiffres d’une révolution », Courrier International, le 9 janvier 2017
[5] Communication Power de Manuel Castells, éditions Oxford University Press, 2009




