En parcourant les réseaux sociaux l’autre soir que quelque chose s’est coincé dans ma tête.
Une pensée qui tourne, qui revient, qui refuse de vous lâcher.
J’ai fini par ranger le téléphone. Éteindre la lumière. Regarder le plafond.
Et là, dans le silence, une phrase m’est revenue.
Une phrase que mon prof de philo m’avait citée au lycée, en tapotant le tableau avec sa craie, l’air de nous confier un secret d’État.
Cette phrase, je ne l’avais jamais vraiment comprise.
Jusqu’à cette semaine.
« Que sont les empires sans la justice, sinon de grandes réunions de brigands ?«

Cette phrase est de Saint-Augustin.
Évêque, théologien, un homme d’ordre, c’est le moins que l’on puisse dire !
Il a écrit cela en 413 après Jésus-Christ, dans son grand ouvrage La Cité de Dieu.
Une phrase. Seize siècles en arrière. Et pourtant…
L’État ne tire sa légitimité que d’une seule chose : la justice qu’il rend.
Sans elle, un État n’est qu’une force brute déguisée en institution. Un gang avec un drapeau.
C’est en regardant les actualités des dernières semaines que j’ai pensé à cette phrase.
Vous allez voir comme cela prend tout son sens…
Deux scandales, une seule réponse
Premier scandale : Patrick Bruel.
Premières accusations en 2019. Enquêtes ouvertes puis classées sans suite en 2021.
Il aura fallu de nouvelles révélations en mars 2026, des dizaines de témoignages supplémentaires, une pression médiatique sans précédent…
… pour que le chanteur soit finalement placé en garde à vue le 8 juin 2026, puis mis en examen deux jours plus tard pour viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel.
Entre les premières plaintes et la mise en examen : sept ans.
Je ne dis pas qu’il est coupable : c’est à la justice de le déterminer, et c’est précisément son rôle.
Je dis que sept ans, pour des victimes qui attendent, c’est long.
Deuxième scandale : Lyhanna.
Lyhanna avait 11 ans.
Elle disparaît fin mai 2026 à Fleurance, dans le Gers. Son corps est retrouvé le 5 juin.
Le suspect principal était déjà connu des services judiciaires.
Des plaintes avaient été déposées contre lui.
Des signaux existaient.
Rien n’a été entendu jusqu’au jour du drame.
Vous avez aimé cet article ?
Recevez plus de contenu comme celui-ci.
Rejoignez les lecteurs du Juste Milieu et recevez tous nos messages et analyses (philosophie, enquête, nouveautés, promotions, etc).
En renseignant mon adresse email, j’accepte d’être abonné(e) à la lettre gratuite du Juste Milieu. Mon adresse restera strictement confidentielle et ne sera jamais échangée. Je peux me désinscrire à tout moment. Politique de Confidentialité.
Le piège qui s’ouvre devant nous
Il serait facile, à ce stade, de conclure que la justice française est nulle, corrompue, à jeter.
C’est d’ailleurs ce que font, depuis des semaines, un certain nombre de responsables politiques.
Avec des trémolos dans la voix et des grandes déclarations sur les plateaux.
Mais attention : la justice est imparfaite. Sous-financée. Débordée. Elle faillit, parfois tragiquement.
On est d’accord !
Mais la justice reste aussi le seul rempart entre nous et l’arbitraire du pouvoir.
C’est (parfois) elle qui instruit les affaires politiques que certains préféreraient voir disparaître.
C’est (parfois) elle qui peut dire non à l’État quand l’État dépasse les bornes.
Ceux qui s’emparent des drames de Lyhanna ou de Bruel pour réclamer une réforme radicale de la magistrature ne cherchent pas toujours à améliorer la justice.
Parfois, ils cherchent à la soumettre.
Ce n’est pas la même chose.
Saint-Augustin avait vu juste : ce n’est pas la justice qu’il faut détruire quand elle faillit.
Ce sont les moyens qu’il faut augmenter, c’est la corruption qu’il faut combattre.
Sans jamais confondre tout cela avec l’institution elle-même.
Sinon, on donne raison à ceux qui voudraient bien voir la justice disparaître…
… pour ne pas être inquiétés à leur tour !
La petite leçon du jour
L’indignation, c’est bien.
L’indignation qui dure, c’est mieux.
Dans six mois, Lyhanna aura disparu des Unes de journaux.
Et le budget de la justice sera voté dans l’indifférence générale, pendant que tout le monde regardera autre chose.
C’est là, précisément là, que se joue la vraie question.
Dans la mémoire longue. Dans l’attention portée aux institutions quand les caméras se sont éteintes.
Saint-Augustin n’a pas écrit sa phrase pour les moments de crise.
Il l’a écrite pour les moments d’oubli.
Et autant vous dire qu’avec les Présidentielles qui arrivent…
… ils vont être nombreux à vouloir qu’on oublie les drames qui viennent de se produire !
Vous avez aimé cet article ?
Recevez plus de contenu comme celui-ci.
Rejoignez les lecteurs du Juste Milieu et recevez tous nos messages et analyses (philosophie, enquête, nouveautés, promotions, etc).
En renseignant mon adresse email, j’accepte d’être abonné(e) à la lettre gratuite du Juste Milieu. Mon adresse restera strictement confidentielle et ne sera jamais échangée. Je peux me désinscrire à tout moment. Politique de Confidentialité.




