Le désir de la carte bleue

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Capitalisme
Crédits photo : Shutterstock

J’avais envie de prendre le clavier pour détruire le capitalisme.

Pas exactement, faut pas s’emballer non plus…

Mais on va quand même s’intéresser à cette question.

Pourquoi “Mai 68” était une bénédiction pour Wall Street ?

Si, je vous assure, tout ça est très sérieux : et je le prouve !

Pour cela, je vais vous parler d’un homme bien trop méconnu.

Un grand penseur français de gauche qui a passé sa vie à…

détruire la gauche (surtout ce qu’elle est devenue).

Un sociologue, un philosophe, un poil grincheux, mais visionnaire.

Son nom : Michel Clouscard.

Un rebelle qui a piraté le système

Michel Clouscard, au départ, c’est un penseur marxiste, un vrai, un dur. 

Pas un journaliste de chez Libération qui se prétend marxiste parce qu’il a lu la quatrième de couverture du Capital.

Clouscard, il a vécu Mai 68 de l’intérieur, cette époque où les pavés volaient et où les slogans sentaient bon la révolution.

Mais là où la majorité a vu une libération, Clouscard a flairé… une récupération.

Il a compris que le capitalisme venait de se trouver un nouvel allié : le désir.

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Comment nous sommes passés du “Jouir sans entraves” au “Consommer sans limites” ?

L’une des grandes théories de Michel Clouscard est aussi simple que vertigineuse.

Après 68, le système n’a pas combattu la libération des mœurs. Il l’a absorbée.

L’émancipation est devenue un marché.

La révolte ? Une esthétique publicitaire.

Et ça, vous le voyez tous les jours, partout autour de vous…

On ne vend plus seulement un produit.

On vend une identité, un désir, une expérience.

Et Clouscard l’avait annoncé dès les années 1970 : le capitalisme ne se contente plus de vendre des objets, il vend des modes de vie.

  • On ne boit plus un café, on “vit un moment Starbucks”.
  • On ne s’habille plus, on “exprime sa personnalité”.
  • On ne cherche plus l’amour, on multiplie les dates sur Tinder.
  • On n’est pas écolo, on possède une Tesla.

Le libéralisme économique a fusionné avec le libertarisme culturel (Clouscard parlait alors de “libéral-libertaire”).

Et ensemble, ces deux facettes du libéralisme ont donné naissance au consommateur libre d’acheter sa servitude.

Tout est permis mais rien n’est possible”.

Le piège de la liberté rentable

C’est là tout le génie malin de notre système tel qu’il est décrit par Clouscard : il ne vous dit plus “Obéis”, il vous dit “Fais ce que tu veux”.

Mais il ajoute, en tout petit, à la fin du contrat : “À condition d’acheter”.

Tout est devenu marchandise : nos goûts, nos émotions, nos combats.

Même la rébellion est devenue un marché de niche.

Un seul exemple pour tout comprendre : la tête de Che Guevara sur un t-shirt fabriqué en Chine et vendu chez H&M en Allemagne.

Ce qui dépend de nous (encore une fois)

Alors, que faire pour tenter d’échapper à cette servitude de la carte bleue ?

On ne va pas vivre dans une grotte (quoi que…).

Ce qu’il est possible de faire dès maintenant : reprendre conscience de ce qui est à nous.

✅ Notre attention.

✅ Notre temps.

✅ Notre capacité à dire “non”.

Et peut-être, au passage, retrouver le sens du mot “désir” : non pas celui qu’on nous vend, mais celui qu’on choisit.

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