Jacques Cheminade « Combattre les féodalités financières est la condition de la paix »

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« La paix est la seule bataille qui vaille la peine d’être menée ». La célèbre phrase d’Albert Camus est d’une brûlante actualité. À condition de dépasser un pacifisme insipide et d’aller au fond des choses. C’est-à-dire de prendre conscience du risque, de s’attaquer aux causes réelles de la guerre et de fonder la paix sur une architecture de sécurité et de développement mutuels qui rompt avec le pouvoir et les normes de féodalités financières qui sont aujourd’hui des tigres blessés aux abois. Vaste programme, sans doute, mais nécessaire plateforme vers le monde qui vient, vis-à-vis duquel la France peut, si elle se libère du joug de l’OTAN, jouer un rôle fondamental de médiateur, de catalyseur et même d’inspiratrice. Une guerre nucléaire est-elle impensable ? Il serait vain d’être fataliste mais il l’est plus encore de rester confiant.

Prise de conscience du risque de guerre totale

La première mesure de salut public est de se boucher les oreilles et se couvrir les yeux lorsque les médias français et occidentaux se font quasi unanimement les apôtres de la guerre par procuration que leurs pays respectifs mènent en Ukraine. La paix est au contraire la condition naturelle de l’Homme car elle permet le dialogue créateur qui sert le bien commun et l’accueil des générations futures. Seule la légitime défense justifie le recours aux armes. Or « l’opération spéciale » menée par la Russie en Ukraine, bien que contraire aux règles formelles des frontières établies, a été provoquée par l’extension constante des forces de l’OTAN vers l’est depuis la chute du mur de Berlin et malgré les engagements oraux alors pris par l’Américain James Baker et approuvés par Hans-Dietrich Genscher et Roland Dumas. Une menace existentielle a été dès lors créée vis-à-vis de la Russie, comme le déploiement des missiles russes à Cuba en avait créé une vis-à-vis des États-Unis en 1962. Cette menace a été aggravée par le comportement d’Angela Merkel et de François Hollande qui, de leur propre aveu, ont gagné du temps en faisant traîner les accords de Minsk pour permettre à l’Ukraine de s’armer. Par ailleurs, les dirigeants occidentaux, à la fin de l’année 2021, n’ont pas répondu aux demandes de Vladimir Poutine pour parvenir à un accord formel de sécurité en Europe et Volodymyr Zelensky a réclamé un armement nucléaire en février 2022, quelques jours avant l’intervention russe.

Aujourd’hui, tous les pays de l’OTAN affirment que la paix n’est envisageable qu’après une victoire ukrainienne sur le terrain et aux conditions posées par Kiev, y compris la reprise de la Crimée. En clair, continuer à envoyer le peuple ukrainien à la boucherie avec des armes plus ou moins désuètes pour affaiblir la Russie jusqu’à ce qu’elle cède. Et ce en spéculant cyniquement sur une guerre qui pourrait encore durer jusqu’à la fin de 2024… Une telle stratégie nous mène, vis-à-vis d’une puissance nucléaire qu’est la Russie, à un risque de plus en plus élevé de guerre totale. Les déclarations de Dmitri Medvedev et de Sergueï Lavrov, respectivement vice-président du Conseil national de sécurité de la Fédération de Russie et ministre des Affaires étrangères, sont très directes sur ce point. Ajoutons que la doctrine militaire des États-Unis n’exclut pas qu’ils puissent être les premiers à avoir recours à l’arme nucléaire. C’est dans ce contexte que Maria Sakharova, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, a déclaré que « les états-membres de l’Union européenne sont devenus des colonies de Londres et de Washington » et que Vladimir Poutine a constaté que «beaucoup de responsables européens et leurs peuples commencent à comprendre que la continuation de la guerre en Ukraine sert un hégémonisme extérieur ultra-marin qui tire avantage de l’affaiblissement de l’Europe ».  

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