Père spirituel du projet européen, éminence grise de nombreux puissants à travers le monde… Découvrez les mystères et les zones d’ombre qui ont émaillé la route de ce curieux personnage et ce jusqu’à la fin de ses jours !
La vie à Londres
Retinger devint, à 25 ans, le représentant du Conseil national polonais à Londres, chargé de promouvoir le mouvement d’indépendance polonais auprès de l’intelligentsia britannique. Là, il mit en pratique les techniques qu’il avait apprises à Paris, recherchant constamment la compagnie des leaders de la vie politique et culturelle britannique. Il se lia rapidement d’amitié avec des personnalités telles que l’écrivain Joseph Conrad et le propagandiste Arnold Bennett. Ce dernier l’introduisit dans les salons du Premier ministre Herbert Asquith, où il fréquenta des personnalités telles que le dramaturge George Bernard Shaw, les politiciens Sydney et Beatrice Webb, Lord Arthur Balfour, Lionel Curtis et Winston Churchill.
Entre 1906 et 1920, il travailla sur des projets aussi divers que la définition d’un plan de réorganisation de l’Europe centrale et orientale, voulu par le général des Jésuites, le comte polonais Wlodimir Ledochowski ; la création d’un gouvernement mondial, avec le fédéraliste britannique Arthur Capel ; la création de l’État d’Israël, en collaboration avec certains des leaders du mouvement sioniste, tels que Chaim Weizmann et Nahum Sokolov.
La propension pour l’intrigue de Joseph Retinger finit par déranger certaines personnalités, comme Lord Northcliffe en Angleterre ou Georges Mandel en France, qui le prirent alors en grippe. Il devint persona non grata en Europe et il fut contraint d’émigrer au-delà des frontières européennes. Retinger passa ainsi une grande partie des années 20 et 30 au Mexique, en tant que chargé d’affaires.
Dès son arrivée, il se lia d’amitié avec Luis Negrete Morones et Plutarco Calles. Il les aida à conquérir le pouvoir, permettant au premier de devenir ministre du Commerce et de l’industrie, et au second de devenir président du Mexique. Retinger organisa ensuite la première conférence internationale des syndicats au Mexique, en 1924. Là encore, son sens de l’entremise et de la conquête du pouvoir impressionne son nouvel entourage mexicain. Et nous n’avons pas encore tout vu…
Dans l’édition spéciale du Bulletin du Centre européen de la culture consacrée à la mémoire de Retinger, Konstanty A. Jeleński est le seul de ses compagnons de route à aborder cette phase de sa vie : « Il joue un rôle important au Mexique, où il contribue à organiser les syndicats ouvriers. Une guerre larvée existe alors entre les autorités mexicaines et les compagnies américaines de pétrole. Retinger propose au gouvernement mexicain un plan de nationalisation du pétrole. En vue de la réalisation de ce plan, le gouvernement mexicain demande à Retinger d’amorcer des négociations secrètes avec Washington. C’est alors qu’après les prisons autrichiennes et françaises, il connaîtra les prisons américaines » .
Les années Sikorski
Au-delà de ses opérations au Mexique, Retinger continua à faire la navette avec l’Angleterre et la Pologne, où il collaborait avec le Parti socialiste. Il s’installa à Londres en 1939, après que le chef des armées et Premier ministre du gouvernement polonais en exil, le général Wladyslaw Sikorski, lui ait demandé expressément d’être son représentant personnel en Angleterre. Les deux hommes se connaissaient depuis la Première Guerre mondiale et, avec le temps, leur relation s’était transformée en une véritable amitié. Pendant trois ans, ils ne se sont pratiquement jamais séparés. Retinger fut l’ombre de Sikorski, et son influence sur lui était indéniable. Sikorski finit par faire siennes les idées fédéralistes de Retinger. Comme lui, il devint convaincu que la Pologne ne pouvait exister en paix qu’au sein d’une Fédération de nations européennes, prêtes à se soutenir mutuellement, politiquement, économiquement et militairement. Sinon, elle était condamnée à devoir toujours faire face seule aux aspirations hégémoniques de l’Allemagne et de la Russie.
Ce contenu est extrait du numéro 37 du Banquet.

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Source :
[1] K. A. Jelenski, « Un précurseur anachronique », Centre européen de la culture, Bulletin du Centre européen de la culture, Hommage à un grand Européen JH Retinger, 8e année, n° 5, Genève, 1960-1961, pp. 4-6.




