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Alexis Poulin : « Bruno Le Maire, fier de lettres »

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Alexis Poulin et Bruno Le Maire
Crédits photo : Shutterstock

Le ministre écrivain résume à lui seul le moment macroniste, où la médiocrité est célébrée en génie et où la jouissance de l’instant prime sur le respect des institutions.

En France, nous avons d’incroyables chances. D’abord, celle d’avoir l’exception culturelle, faisant de toute création française une réalisation prodigieusement unique, cela allant de notre bien-aimée langue aux spécialités culinaires les plus incroyables. Et puis, nous avons la chance d’avoir des poètes politiques, ou plutôt, des hommes et des femmes politiques qui mettent l’art d’écrire avant celui de compter, avant la défense du bien commun, avant la Nation, avant les valeurs républicaines, ou même qui en font une occupation vitale, pour s’évader de leur aride quotidien de ministre.

C’est ici que surgit le génie de Bruno Le Maire. Et là, c’est tout un poème.

Ce ministre de l’Économie s’est toujours rêvé écrivain. Déjà étudiant, il écrivait sous le pseudonyme de Duc William des romans à l’eau de rose pour la collection Harlequin. Un duc au sein d’une République, un prénom anglais et royal pour une démocratie, un alias qui en dit décidément long. Depuis, il n’a cessé de noircir des pages pour réaliser une œuvre littéraire à nulle autre pareille ! 

Inutile de lister les nombreux ouvrages de Bruno Le Maire – nous vous ferons grâce de cette insipide litanie d’où tout désir est banni – mais rappelons déjà que les passages érotiques de ces livres passés ont toujours eu le don d’amuser la communauté, faute de la cultiver ou de lui offrir de nouvelles portes de la perception. 

Le dernier en date, Fugue Américaine, ne fait pas défaut, et le petit renflement brun, dilaté comme jamais, est déjà devenu culte, concurrencé de près par la fameuse scène de masturbation aquatique à Venise, présente dans un précédent ouvrage intitulé Le Ministre paru aux Éditions Grasset en 2004.

Cela pourrait prêter à sourire, mais hélas, Bruno Le Maire, en plus d’être un écrivain approximatif, est un ministre dilettante. Peu aux faits des réalités économiques, tout occupé à travailler son image et sa carrière d’homme d’État à l’avenir radieux, Bruno jongle entre les défaites électorales et les déclarations vide de sens pour faire plaisir aux eurocrates et aux créanciers.

Quand il n’écrit pas, Bruno fustige à tout va, ce qui est, semble-t-il, devenu l’apanage des ministres du Budget. Que fustige-t-il ? Absolument tout et n’importe quoi. De la prétendue inexistence des super-profits à la distribution record de dividendes par le CAC 40 en passant par l’impossibilité d’augmenter les salaires ou de geler les prix. Bruno se fait illusionniste dans un gouvernement où la pratique du mensonge est élevée au rang d’art. Nous vivons chaque jour dans l’effervescence des Jeux Olympiques du cynisme et de l’hypocrisie, et nos ministres, Bruno en bonne place, sont – une fois n’est pas coutume – en permanence sur le podium. L’inflation est une manne pour la grande distribution et le conflit russo-ukrainien le rêve de tout profiteur de guerre. Comme ces derniers sont amis du régime, Bruno joue sa partition de fausse indignation pour que le scénario puisse se dérouler sans heurts. 

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